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La réponse d'intellectuels : le contre-manifeste

C'est une imposture de dire que la France "combat le peuple algérien dressé pour son indépendance". La guerre en Algérie est une lutte imposée à la France par une minorité de rebelles fanatiques, terroristes et racistes, conduits par des chefs dont les ambitions personnelles sont évidentes - armés et soutenus par l'étranger. C'est commettre un acte de trahison que de calomnier et de salir systématiquement l'armée qui se bat pour la France en Algérie. Nul n'ignore, au surplus, qu'à côté des tâches qui lui sont propres, cette armée accomplit depuis des années une mission civilisatrice, sociales et humaine à laquelle tous les témoins de bonne foi ont rendu publiquement hommage. C'est une des formes les plus lâches de la trahison que d'empoisonner, jour après jour, la conscience de la France et de faire croire à l'étranger que le pays souhaite l'abandon de l'Algérie et la mutilation du territoire.

Texte qui recueille 185 signatures d'intellectuels et de personnalités, Le Figaro, 7 octobre 1960.
Arrêtée le 10 février (...) et inculpée seulement le 15 mars, Djamila est demeurée 33 jours séquestrée dans un de ces locaux de torture qu'on baptise "centres de tri". Pendant tout ce temps, rien, aucune autorité, aucun contrôle ne l'a défendue contre les violences qu'il plaisait à ses bourreaux d'exercer contre elle. (...) Quand des dirigeants d'un pays acceptent que des crimes se commettent en son nom, tous les citoyens appartiennent à une nation criminelle. Consentirons-nous à ce que ce soit le nôtre ? L'affaire de Djamila Boupacha concerne tous les Français. Si le gouvernement atermoie, c'est à l'opinion de faire pression sur lui, d'exiger impérieusement le renvoi du procès de Djamila, l'aboutissement de l'enquête qu'elle réclame, une sûre protection pour sa famille et ses amis, et pour ses bourreaux les rigueurs de la loi.

Simone de Beauvoir, "Pour Djamila Boupacha", Le Monde, 2 juin 1960.
 
Posted by ngd

POUR DJAMILA BOUPACHA

Simone de Beauvoir lance un appel en faveur de Djamila Boupacha, militante du FLN défendue par l’avocate Gisèle Halimi, à la veille de son procès.

CE qu'il y a de plus scandaleux dans le scandale c'est qu'on s'y habitue. Il semble pourtant impossible que l'opinion demeure indifférente à la tragédie qu'est en train de vivre une jeune fille de vingt-deux ans, Djamila Boupacha.
En septembre 1959 une bombe - qu'on désamorça avant qu'elle eût explosé - fut placée à la Brasserie des Facultés d'Alger. Cinq mois plus tard Djamila Boupacha fut arrêtée. Son procès va s'ouvrir le 17 juin ; aucun témoin ne l'a identifiée, il n'existe pas contre elle l'ombre d'une preuve. Pour établir sa culpabilité il fallait des aveux : on les a obtenus. Dans la plainte en séquestration et tortures qu'elle vient de déposer, Djamila les rétracte et elle décrit les conditions dans lesquelles elle les a passés. Un grand nombre de témoins dont elle cite les noms et les adresses sont prêts à confirmer les faits qu'elle rapporte. L'accusée et son avocat, Me Gisèle Halimi, réclament qu'une enquête les établisse officiellement avant l'ouverture du procès. (...)
Il n'est plus au pouvoir de personne d'effacer les sévices qui lui furent infligés ni ceux que subirent son père et son beau-frère, mais on peut encore enrayer la marche de l'injustice. On peut, on doit reculer le procès jusqu'à ce qu'on ait élucidé les circonstances dans lesquelles Djamila a parlé. Si nos dirigeants ne se décidaient pas à agir en ce sens, ils admettraient ouvertement que la justice n'est plus en Algérie qu'une parodie sinistre, contrairement à leurs déclarations publiques, ils consentiraient à ce que la torture soit systématiquement utilisée comme préalable à l'information judiciaire.

D'autres mesures s'imposent. Le père, le frère, le beau-frère de Djamila, sont internés, sa mère reçoit des visites menaçantes de militaires qui brisent chez elle portes et fenêtres ; ils sont en danger ; les témoins cités par Djamila et prêts à déposer en sa faveur risquent de " disparaître " comme tant d'autres ont disparu. Le gouvernement doit assurer efficacement leur protection.

Ce n'est pas tout ; jusqu'ici aucun tortionnaire n'a jamais été inquiété. Les hommes qui interrogèrent Djamila continueront-ils à mener paisiblement leurs atroces activités ? Il est temps de leur prouver que dans cette Algérie qu'ils disent française ils ne peuvent pas violer impunément les lois de la France. Le vieil Abdellaziz Boupacha, exténué et éperdu, a crié désespérément : " De Gaulle a interdit la torture ! - De Gaulle, répondit le capitaine qui dirigeait les opérations, qu'il fasse la loi chez lui ; ici, c'est nous les maîtres !" (2).

Si le gouvernement hésitait à sévir, il confirmerait ces arrogantes paroles, il avouerait avoir définitivement renoncé à se faire obéir par des militaires d'Alger, et abandonnerait l'Algérie à l'illégalité, à l'arbitraire, aux caprices sauvages de quelques enragés.

Par cette abdication c'est la France entière qu'ils trahiraient, c'est chacun de nous, c'est moi, c'est vous. Car, soit que nous les ayons choisis, soit que nous les subissions à contrecœur, nous nous trouvons bon gré mal gré solidaires de ceux qui nous gouvernent. Quand des dirigeants d'un pays acceptent que des crimes se commettent en son nom, tous les citoyens appartiennent à une nation criminelle. Consentirons-nous à ce que ce soit le nôtre ? L'affaire de Djamila Boupacha concerne tous les Français. Si le gouvernement atermoie c'est àl'opinion de faire pression sur lui, d'exiger impérieusement le renvoi du procès de Djamila, l'aboutissement de l'enquête qu'elle réclame, une sûre protection pour sa famille et ses amis, et pour ses bourreaux les rigueurs de la loi.
Le tribunal militaire de Bordeaux vient de relaxer en leur accordant le bénéfice du doute, le commandant du groupe mobile de sécurité Jean Biraud et ses cinq hommes, accusés d'avoir provoqué le décès du sergent Madanl Saïd ; à la suite de l'interrogatoire auquel ils le soumirent, Madani Saïd mourut, le poumon perforé par une côte

Par SIMONE DE BEAUVOIR Publié le 02 juin 1960 Le Monde

Posted by ngd
Affiche du film de René Vautier, Avoir 20 ans dans les Aurès, 1972.
Premier film français à montrer les exactions de l'armée française durant la guerre d'Algérie, il est récompensé au festival de Cannes l'année de sa sortie. Son réalisateur a dû entamer une grève de la faim avant d'obtenir un visa d'exploitation pour son film.
 

Gisèle Halimi, défenseuse passionnée de la cause des femmes, est morte

La célèbre avocate, qui a défendu des militants FLN pendant la guerre d’Algérie et s’est battue pour la libéralisation de l’avortement et la criminalisation du viol, est morte à l’âge de 93 ans.

Quand commence la guerre d’Algérie, c’est une évidence pour Gisèle Halimi de militer aux côtés de Sartre et de ceux qui signeront, en septembre 1960, le Manifeste des 121. En 1960, apprenant qu’une Algérienne de 22 ans, Djamila Boupacha, accusée d’avoir posé une bombe a été arrêtée, torturée et violée par des soldats français, elle décide de la défendre.

Commence alors une longue bataille, dans laquelle Gisèle Halimi entraîne Simone de Beauvoir. Celle-ci écrit une tribune dans Le Monde et crée un comité, avec, notamment, Jean-Paul Sartre, Louis Aragon, Geneviève de Gaulle, Germaine Tillion. Djamila est finalement jugée en France, à Caen, en 1961. En dépit de la brillante plaidoirie de Gisèle Halimi, elle est condamnée à mort, mais sera amnistiée et libérée en 1962 après les accords d’Evian qui mettent fin à la guerre d’Algérie.

La même année, chez Gallimard, Simone de Beauvoir et Gisèle Halimi publient, avec d’autres, Djamila Boupacha (Gallimard), un livre de témoignages sur toute cette affaire. Sur la couverture, le portrait de Djamila est réalisé par Pablo Picasso. L’histoire de Djamila Boupacha et de Gisèle Halimi est devenue un téléfilm, réalisé par Caroline Huppert. Pour Djamila a été diffusé pour la première fois le 20 mars 2012 sur France 3. Le rôle de Djamila Boupacha est tenu par Hafsia Herzi et celui de Gisèle Halimi par Marina Hands.
Dès lors, Gisèle Halimi est considérée comme l’avocate des causes difficiles. Qui l’a entendue plaider, même dans des affaires plus mineures, connaît le charme de sa parole. Et son aplomb. Un jour, opposée à un Robert Badinter plutôt condescendant, elle a commencé sa plaidoirie par un retentissant : « Je ne me laisserai pas renvoyer à mes fourneaux par le professeur Badinter. »


Par Josyane Savigneau Publié le 28 juillet 2020 Le Monde
Posted by ngd
Germaine Tillion, médiatrice de la guerre d'Algérie
Il y a 60 ans à Alger, l'Armée française se voyait octroyer tous les pouvoirs pour démanteler le FLN en traquant les membres de ses réseaux terroristes. Réécoutez Germaine Tillion, résistante, ethnologue, se remémorer le rôle qu'elle a joué pour que prenne ce sanglant épisode de la Guerre d'Algérie.
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Posted by ngd