Art. 231 du traité de Versailles (1919)
"Les Gouvernements alliés et associés déclarent et l'Allemagne reconnait que l'Allemagne et ses alliés sont responsables, pour les avoir causés, de toutes les pertes et de tous les dommages subis par les gouvernements alliés et associés et leurs nationaux en conséquence de la guerre, qui leur a été imposé par l'agression de l'Allemagne et de ses alliés".
Pierre Renouvin (1895-1974) et l'histoire immédiate de la guerre
La vision de Jules Isaac (1933)
Jules Isaac (1977-1963) est un historien français, ancien combattant. Inspecteur général de l'Instruction publique, auteur
de manuels scolaires, il publie en 1933 un ouvrage consacré aux origines de la Première Guerre mondiale, dans lequel il entend corriger les erreurs historiques de ses prédécesseurs.
La situation diplomatique en 1914 - avant Sarajevo - nous semble autoriser les conclusions suivantes : on peut admettre qu'aucun gouvernement ne voulait de propos délibéré la guerre européenne. Mais l'obsession de la guerre les hantait tous, rôdait en eux et autour d'eux, à l'exception (peut-être) du gouvernement britannique. D'une part les malentendus et la méfiance étaient au plus haut point : chaque groupe attribuait à l'autre des projets d'agression et agissait en conséquence ; chacun se jugeait en état de légitime défense et travaillait hâtivement à compléter son outillage de guerre. D'autre part, chaque groupe avait tendance à se croire le plus fort, par suite chacun acceptait le risque de guerre, chacun était décidé à ne pas reculer d'un pas devant l'autre. De ces gouvernements, (...) le plus impatient d'agir, parce qu'il se jugeait au bord de l'abîme (ne se disant pas qu'il l'avait creusé de ses propres mains) était le gouvernement autrichien ; celui qu'assaillaient les tentations les plus troubles, que servaient les agents les moins scrupuleux, le plus convoiteux mais le plus vacillant, était le gouvernement russe ; le plus anxieux de l'avenir, mais le plus confiant en sa force présente, le plus enclin à user de la force par tradition bismarckienne et sollicitations innombrables, était le gouvernement allemand ; le mieux préparé et le mieux servi (diplomatiquement), moralement aussi le plus prêt, le plus
en garde, le plus résolu, était le gouvernement français, étant le seul que guidât une main ferme.
Jules Isaac, Un débat historique. Le problème des origines de la guerre, Rieder, 1933.