Les relations de la société allemande à son passé
Le succès des thèses révisionnistes (1) auprès du grand public s'insère dans un changement (...), la "redécouverte de la nation", accéléré par la chute du mur de Berlin et particulièrement visible depuis une dizaine d'années. Probablement accentué par le poids économique de l'Allemagne sur la scène européenne et mondiale, ce processus s'accompagne d'une part d'une résurgence de la fierté nationale (...). D'après un sondage de l'institut Forsa mené en janvier 2014, 59% des Allemands sont convaincus de l'absence de responsable principal dans le déclenchement de la Première Guerre mondiale. Selon Arndt Weinrich (2), le "succès des Somnambules s'inscrit (...) incontestablement dans le contexte de l'émergence d'une Allemagne décomplexée et affranchie en quelque sorte du fardeau de la culpabilité comme leitmotiv (3) de l'histoire nationale aux XIXème et XXème siècles" (...). Les débats sur la responsabilité du Reich dans le déclenchement de la Première Guerre mondiale (...) ont servi d'arguments politiques en faveur d'un réajustement de la place de l'Allemagne dans le monde.
(1) Thèses qui entendent "réviser" l'interprétation dominante
(2) Historien allemand travaillant sur les guerres
(3) Idée qui revient sans cesse
Le débat relancé outre-Rhin?
Y penser constamment : tel est aussi le message des historiens actuels, dont le propos (...) n'est nullement de répartir la culpabilité selon leurs penchants, leur nation ou leur idéologie. La Première Guerre mondiale peut remonter à un siècle (...), sa signification nous est tout de même beaucoup plus proche. "Depuis la fin de la guerre froide, le système de stabilité globale bipolaire a laissé place à une structure de forces beaucoup plus complexe et plus imprévisible", écrit Clark - un fait qui, selon lui, "invite littéralement à la comparaison avec la situation en Europe en 1914".
Une mémoire de la guerre qui rassemble
Il ne s'agit plus aujourd'hui de juger et encore moins de rejuger, il s'agit de se souvenir, de comprendre, comme le préconise le rapport remis au Gouvernement par le comité d'historiens (...). Il n'est pas de reconnaissance plus forte que celle de la connaissance. Et s'il y a un principe que je retiens, c'est que la mémoire ne divise pas, jamais, elle rassemble. Elle rassemble toute la nation, au-delà même de son armée. Car les combattants de la Grande Guerre n'étaient pas tous des soldats. "L'arrière", dont on a dit beaucoup de choses après ou pendant, n'était pas à l'abri. C'est le pays dans son entier qui souffrait, luttait, tenait, malgré les privations et les destructions. C'est le peuple sans armes qui, en assurant le fonctionnement de l'économie, a permis la victoire. Et dans ce peuple, les femmes, par leur labeur, leur engagement, leur vaillance apportèrent une contribution essentielle à la conduite de la guerre (...). Commémorer la Première Guerre mondiale, c'est également prononcer un message de paix. Les victimes n'ont plus d'uniformes. Elles reposent, à égalité de respect. Le Centenaire n'a pas vocation à exhumer les combats d'hier, mais à réunir tous les belligérants. Réconcilier, c'est fait. Les rassembler dans la même évocation et nous rapprocher encore davantage de nos amis allemands.
Discours prononcé par François Hollande, président de la